Substances psychotropes et travail Le recours aux stimulants, antidépresseurs et autres substances fait partie du quotidien d'un grand nombre de travailleurs. Or, leur utilisation influence non seulement l'homme mais aussi son travail. Myriam Kerkhofs du CHU André Vésale a présenté un état de la question durant le colloque "Impacts du travail de nuit et des horaires atypiques", organisé par la Société scientifique de santé au travail (SSST) à Namur le 7 mai 2009. Qu'est-ce qu'un psychotrope?
Un psychotrope est une substance chimique qui agit principalement sur l'état du système nerveux central. Cette substance modifie certains processus biochimiques et physiologiques cérébraux sans que l’on puisse établir à l’avance sa capacité à induire des phénomènes de dépendance ni son éventuelle toxicité. En altérant de la sorte les fonctions du cerveau, un psychotrope induit des modifications au niveau de la perception, des sensations, de l'humeur, de la conscience (états modifiés de conscience) ou d'autres fonctions psychologiques et comportementales. Dans le cadre professionnel, la consommation de psychotropes peut altérer la performance humaine: la vigilance, l'attention, la mémoire, la psychomotricité et éventuellement les capacités nécessaires à la conduite d'un véhicule.
Plusieurs psychotropes
Il existe plusieurs familles de psychotropes: les hypnotiques qui induisent ou maintiennent le sommeil, les anxiolytiques qui réduisent les états anxieux, les neuroleptiques qui réduisent les symptômes psychotiques et les antidépresseurs qui adoucissent les épisodes dépressifs. Les Belges – et en particulier les travailleurs soumis à des horaires décalés ou à des prestations nocturnes, comme les routiers par exemple – sont de grands consommateurs de psychotropes. Déréglés au niveau de leur rythme circadien, ils ont recours à ce genre de substances pour tenir le coup ou, inversement, pour parvenir à s'endormir.
Antidépresseurs
En Belgique, près d'un million de personnes consomment des antidépresseurs. Leur utilisation n'est pas sans risques: ces substances exercent une influence sur le travailleur, en général, et sur sa capacité à exécuter ses tâches en toute sécurité, en particulier. Des études réalisées en 1992 et 1994 démontraient déjà que la prise d’un certain type d’antidépresseurs, les tricycliques, induisait un risque deux fois plus élevé d'accident de la route chez des sujets âgés. Une autre étude plus récente réalisée à Maastricht a analysé le comportement du conducteur sur la route par le biais d’un test de conduite. Le sujet devait parcourir sur autoroute une distance de 100 km à une vitesse constante de 95 km/h. Pour mesurer les conséquences de la prise d'antidépresseurs sur la conduite, les scientifiques se sont basés sur les écarts effectués par rapport à la ligne blanche. Les résultats révèlent que les nouveaux antidépresseurs (Moclobemide, Fluoxétine, Paroxétine) n'ont pas d'effet négatif mais que, en revanche, les anciens antidépresseurs (Amitriptyne, Imipramine, Doxepine) induisent un effet comparable à une prise d'alcool (0.8mg/mL). On constate par contre que l'association de certains nouveaux antidépresseurs "ISRS" et de benzodiazépine induit un effet négatif notamment chez les patients déprimés.
Hypnotiques
Il a été récemment établi que le Belge était le plus grand consommateur d'Europe de benzodiazépines. Ces substances hypnotiques ont un effet anxiolytique qui n’est pas sans conséquences sur la vigilance. Elles induisent, à des degrés différents, de la somnolence, des troubles de l’attention et de la mémoire de même que des troubles psychomoteurs. Les études ont aussi démontré que, suite à la prise d'hypnotiques, les risques d’accidents de roulage augmentaient de 60%.
Stimulants
De nombreux travailleurs recourent aussi à des substances stimulantes (p.ex. amphétamines) pour être en forme et pour tenir le coup. Ces produits anti-fatigue, qui suppriment artificiellement la sensation de fatigue et améliorent humeur et confiance en soi, n’agissent cependant que durant un laps de temps très court et provoquent des défaillances importantes. S'ils suppriment l'envie de dormir, ils n’éliminent pas la fatigue et mènent le corps à un épuisement total. Le sentiment de confiance que ces produits induisent a aussi des effets pervers car à partir du moment où un travailleur est sûr de lui, il commettra un nombre d'erreurs significativement plus élevé. D’autre part, l'amélioration des performances attendue ne s'applique qu’à des tâches mentales très simples. Enfin, les stimulants perturbent le sommeil et ce, même après la fin de la prise. Le sujet doit attendre plusieurs semaines voire plusieurs mois pour voir son sommeil rétabli.
Quid de la caféine?
Parmi ces stimulants, l’on trouve la caféine. Présente, à des doses variables, dans un grand nombre de produits de consommation quotidiennes (comme le café, le thé, les boissons comme le coca, le Red Bull ou encore le chocolat), la caféine est la substance psychotrope la plus consommée au monde car elle permet d'atteindre rapidement un résultat. Comment fonctionne-t-elle? La caféine agit sur les récepteurs membranaires sensibles à l'adénosine. L'adénosine est un neuromodulateur du système nerveux central qui possède des récepteurs spécifiques. Quand ce neuromodulateur se fixe sur ses récepteurs, l'activité nerveuse est ralentie et l'individu devient somnolent. La caféine se fixe sur les mêmes récepteurs mais avec un effet contraire: elle ne réduit pas l'activité neuronale mais favorise l'éveil. Par son action, ce stimulant va augmenter notre niveau d'attention et booster momentanément notre organisme. Les chercheurs s'interrogent toutefois sur son action positive lors d'opérations plus complexes. Comme la plupart des drogues, la caféine intensifie la production de dopamine dans les "circuits du plaisir", ce qui contribue à entretenir la dépendance. Pour cette raison, il est conseillé de ne pas en abuser.
Effets des psychotropes sur la vigilance, les performances et la conduite d'un véhicule
Effets négatifs:
- Benzodiazépines et Zopiclone (perturbation de la conduite le matin mais aussi l'après-midi (jusqu’à 16 à 17h après la prise)
- Antidépresseurs tricycliques
- Association benzodiazépines & ISRS
Peu ou pas d'effet:
- ISRS
- Zolpidem (pas d'effet si pris au coucher)
- Zaleplone (pas d'effet 4h après la prise)
Effets positifs:
- Caféine
- ISRS chez les patients déprimés |
Basé sur un texte de S. Winnen
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